Jeanne Lompo : une tisseuse aux mains de fée

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Jeanne Lompo, est une tisserande qui s’est illustrée dans son art. Ayant consacrée son énergie, son talent à ce métier depuis plus d’une quarantaine d’années, elle a fait ses premiers pas dans ce domaine lorsqu’elle s’est mariée, n’ayant plus les possibilités de poursuivre ses études. Elle souhaite aujourd’hui aider, encourager tous ceux qui veulent se déterminer et se réaliser à travers le tissage. Particuliers et institutions au Burkina et au-delà de nos frontières s’arrachent les merveilles qu’elle fait avec le « Faso Dan Fani ».

« Nous sommes bien connus maintenant et les gens veulent qu’il y ait un stock de nos produits », Jeanne Lompo

Récemment, l’avènement du gouvernement Thiéba I et II a donné plus de valeur et de visibilité à la tenue traditionnelle du Burkina, le « Faso Dan Fani ». D’où la motivation des uns et des autres à inciter au port de cette tenue traditionnelle. Egalement, on peut mentionner l’exhortation du ministre de la femme, de la solidarité nationale et de la famille au gouvernement de s’habiller en « Faso Dan Fani ». Idem, les agents de « Coris Bank » quant à eux, ont dédié un jour de la semaine pour s’habiller dans cette tenue et le pagne officiel du 08 mars, depuis deux éditions, est en « Faso Dan Fani ». Cette promotion a encouragé beaucoup de tisseuses et leur a donné beaucoup plus de créativité. Parmi ces dames, on peut citer Jeanne Lompo qui fait un travail remarquable avec ce pagne traditionnel. Cette dame ne se limite pas qu’au pagne. Avec elle, rien ne se jette avec le « Faso Dan Fani ». En plus des pagnes du Gourma dont elle est originaire, qu’elle tisse, elle confectionne aussi, échantillon à l’appui, les motifs des autres localités du Burkina et ses propres créativités. Dans la boutique « Faso Beautex », on peut trouver dans un style de couleurs variées, des pagnes, des sets de table, des jetés de canapé, des rideaux, des couvre-lits, des descentes de lit, des tapis de sol, des vide-poches, des sacs à main, des porte-clés, des chaussures, des tabliers… « Rien ne se jette avec nous dans le Dan Fani. Une fois que j’ai l’idée dans la tête, on l’applique. Chaque année, on essaie de varier les motifs. J’ai des couleurs ici qu’on ne peut trouver nulle part en ville sauf si l’on vient les payer chez moi pour les copier par la suite. Les nuances de couleurs viennent de mon inspiration », a indiqué la directrice générale de l’entreprise « Faso Beautex », Jeanne Lompo.

Bien connue maintenant, Jeanne Lompo est à son apothéose et s’est illustrée par son talent dans le paysage institutionnel. En effet, elle a participé à plusieurs foires et expositions qui ont permis de faire d’elle une artiste reconnue aujourd’hui. Parmi elles, on peut citer entre autres, le Cinquantenaire du corps de la paix au Burkina, le Camp G2 Low, le Salon international de l’environnement et de l‘énergie renouvelable de Ouagadougou, le SIAO (Salon international de l’artisanat de Ouagadougou, 14è édition). Et pour les commandes qu’elle a reçu, on note 400 sacs en « Faso Dan Fani » au compte de 2IE (Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement) lors de sa grande conférence sur l’eau, les commandes des volontaires du Peace Corps lors de leur séminaire, le 08 mars 2014, 2015, 2016 au compte de l’UNICEF (commandes de 2015 qui ont été apportées en Centrafrique). A cela s’ajoute aussi celle du barreau pour leur dernière rentrée en date du 27 au 28 avril. « J’ai confectionné les écharpes pour les avocats frappées de leur insigne et j’ai aussi exposé lors de cette rentrée », a ajouté Jeanne Lompo. Ce marché, elle l’a obtenu grâce à la recommandation d’une cliente potentielle. « J’ai connu la dame lors du SIAO. Elle s’approvisionne ici et les renvoie au Mali ». Mme Lompo a souligné que c’est elle qui ravitaille le Larlé Naaba en « Faso Dan Fani ».

Des merveilles en « Faso Dan Fani »

C’est à travers sa première exposition à l’école américaine qu’elle s’est fait connaître dans son domaine grâce à l’aide d’une américaine chez qui, elle travaillait. Cette dernière l’a beaucoup soutenue quand elle ne se retrouvait pas dans le tissage et lui apportait des catalogues qui lui ont servi comme source d’inspiration pour harmoniser les couleurs, les motifs et les modèles. Lors de cette première exposition à l’école américaine qui a duré six heures, elle avait enregistré près de 290.000f CFA de recette. Jeanne Lompo a officiellement ouvert sa boutique le 08 mars 2008. « N’étant pas connue à l’époque, j’ai construit la petite maisonnette et le télécentre. Ceux qui venaient passer leur coup de fil voyaient la boutique et mes prestations de service. Cela constituait de la publicité et attirait la clientèle », a déclaré la directrice général de « Faso Beautex ». Au fur et à mesure que la situation s’améliorait, la boutique s’est transformée en entreprise et se mue maintenant en association. L’association « New Life », dont le récépissé lui a déjà été délivré. Ses clients trouvent qu’elle fait un travail exceptionnel et de qualité car ces objets ne déteignent pas. Outre son entreprise, on retrouve ses objets en vente à « Nuance », une grande boutique d’objet d’art à Ouagadougou et à la boutique « Ma copine » à Bobo-Dioulasso.

Par ailleurs, Jeanne Lompo initie plein de jeunes filles de sa région au métier de tisserande. Depuis l’ouverture de son entreprise, elle a formé jusque-là quinze filles et sept sont encore en apprentissage. Son principal objectif en ce moment est de se consacrer à cela. « Je forme des filles qui n’ont pas eu la chance d’être scolarisées et qu’on donne en mariage forcé. Ce sont des filles du village pour l’instant étant donné que le grand public d’ici ne sait pas que j’ai aussi cette possibilité de formation. Je voudrais que ces filles aient l’opportunité de se réaliser en apprenant le métier et d’avoir des lendemains meilleurs d’où le nom de l’association ‘’New Life’’ », a-t-elle expliqué. Son association veut aussi œuvrer pour la valorisation du pagne tissé au Burkina Faso. Jeanne Lompo aimerait former davantage de gens mais ne peut que se limiter à ce nombre faute d’espace dans la cour familiale. Elle affirme avoir beaucoup de projets qu’elle souhaite réaliser mais ne peut pas pour le moment, l’association n’étant pas un centre de formation. « Je ne peux pas recevoir beaucoup de filles car je n’ai reçu aucun soutien financier jusque-là. Je les forme, les nourris et quand elles se professionnalisent (tissage, teinture, motifs, mixage des couleurs : ndlr), je les mets sous contrat et les paie symboliquement pour qu’elles puissent se prendre en charge », a-t-elle ajouté. Cependant, sa principale difficulté est celle que les filles rencontrent après leur formation. « Dès que les apprenantes repartent chez elles, il y en a qui n’ont pas les moyens de poursuivre le métier ou on les donne à des maris qui n’ont pas les moyens non plus et c’est très difficile car elles ne peuvent pas travailler dans ces conditions ». Au dire de Jeanne Lompo, elle ne voudrait pas que la formation profite qu’à sa famille. « Je voudrais que ceux qui le souhaitent en bénéficient. La grandeur de l’entreprise me dépasse et je voudrais avoir la possibilité de former ceux qui souhaitent s’adonner à ce métier d’où la mutation de l’entreprise en association. Que les autorités ou personnes de bonne volonté qui le peuvent me soutiennent avec un grand espace pour réaliser ce rêve afin de pouvoir me projeter davantage et permettre aux initiés de s’épanouir », a conclu Jeanne Lompo, présidente de l’association « New Life ».

Bernadette DEMBELE, stagiaire

Infowakat.net

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